Santé mentale et parentalité : comment se préserver ?
Santé mentale et parentalité : comment se préserver ?

Devenir parent est une expérience unique, avec des joies mais aussi des bouleversements. La parentalité demande une capacité d’adaptation permanente : responsabilités, organisation familiale et professionnelle, rythmes denses… Cet équilibre à trouver peut fragiliser la santé mentale des parents.
La porte s’ouvre et laisse entrer un petit flot de poussettes. À l’intérieur, une odeur de café se diffuse et Audrey Chanonat, coprésidente de La Cause des parents, accueille les participants : « Bienvenue aux moments partagés du jeudi matin. » Pendant deux heures, une dizaine de parents, nouveaux venus ou déjà membres, vont échanger sur les joies et les difficultés de la parentalité dans les locaux de cette association de soutien à la parentalité et à la périnatalité établie à Villeurbanne. Arrivé le premier, Sébastien prend place dans la salle. La santé mentale est un sujet qui lui parle énormément : papa d’un petit garçon de 2 ans, Sébastien a fait une dépression post-natale et peine encore à trouver ses marques dans sa nouvelle vie de père. Il se rend régulièrement ici pour partager avec d’autres parents, et y trouve un réel réconfort. Anne Roussel, bénévole de l’association, est la facilitatrice de la matinée : « Nos échanges sont informels. Les sujets varient en fonction des participants, on discute, on partage, toujours dans la bienveillance, en essayant d’apporter une aide dans ce moment où, parfois, l’épuisement prend le pas sur le bonheur d’accueillir un enfant. »
La difficulté de tout concilier
Désignée Grande Cause nationale en 2025 par le gouvernement, la santé mentale peut se révéler en effet fragile chez les parents, notamment chez les mères : 71 % d’entre elles se disent surchargées, 46 % déclarent des problèmes de santé mentale et 22 % font état d’un burn-out (source : enquête européenne, réalisée en 2024 par l’ONG Make Mothers Matter en collaboration avec Kantar).
Cet épuisement traduit le cumul de responsabilités assumées par les parents dans une société où tout va très vite et où les configurations ont changé. « On compte de plus en plus de parents séparés, de mamans solos, d’aidants, de familles isolées aussi géographiquement, là où l’on pouvait avant s’appuyer sur le soutien de son entourage familial. Dans le même temps, la société nous pousse à tout concilier », explique Anne-Sophie Vives, présidente et fondatrice de L’BURN. À l’origine communauté d’entraide sur Facebook sous le nom des BURN’ettes, l’élan collectif a laissé ensuite place à l’association L’BURN avec un programme de soutien allant du groupe de parole à des parcours d’accompagnement vers la remobilisation professionnelle. Au départ installée à Bordeaux, l’association ouvre progressivement des antennes sur le reste du territoire. Outre son action initiale, elle propose aussi des actions de sensibilisation au grand public et en entreprises.
« Je ne voulais lâcher sur rien et j’ai lâché sur tout »
Aurélie a récemment bénéficié de l’accompagnement de L’BURN. Un poste à responsabilités, beaucoup de déplacements professionnels, deux jeunes enfants et un quotidien qui débordait… « J’étais dans le déni et pourtant, tous les signes étaient là : perte d’appétit, manque de sommeil, vertiges, grande irritabilité, patience très limitée… » En mars 2024, son médecin traitant l’arrête et lui parle de l’association. Elle rejoint d’abord les groupes de parole puis, progressivement, participe aux ateliers. « Je ne voulais lâcher sur rien et finalement, j’ai lâché sur tout. En rejoignant l’association, j’ai pu partager ma culpabilité. J’ai surtout compris que je n’étais pas seule. La force du groupe apporte un soutien énorme. Des liens très forts se sont créés entre nous. » Ancienne « BURN’ette », Aurélie s’apprête aujourd’hui à devenir bénévole de l’association pour aider à son tour d’autres parents.
Libérer la parole
Soutien et écoute, c’est aussi ce que viennent chercher les appelants de la ligne « Allo, Parents en crise », portée par le réseau des Écoles des parents et des éducateurs (EPE). Depuis 2020, la ligne gère des situations très variées, du sommeil des tout-petits aux conduites à risque des adolescents, en passant par la question des temps d’écran et les conflits familiaux. « C’est un temps de respiration pour les parents, où ils peuvent parler librement et évacuer une décharge émotionnelle », explique Carole Wiart, responsable de la ligne d’écoute. Les 34 écoutants se relaient pour soutenir et orienter si besoin vers d’autres structures d’aide. « Nous orientons vers un tiers : une structure, un professionnel spécialisé, un proche… »
Reposer un cadre adapté
À l’AFAD (Accompagnement des familles et accompagnement à domicile) du Douaisis, dans le Nord, Nicole, technicienne de l’intervention sociale et familiale (TISF), contribue aussi à soutenir des familles dans la fonction parentale dans un quotidien souvent difficile. « Nous intervenons de plus en plus auprès de familles monoparentales épuisées moralement, physiquement et qui ne trouvent plus les ressorts face à des situations de grande précarité. Ensemble, nous travaillons à afficher un cadre clair dans l’organisation du quotidien. » Il s’agit de retrouver des repères sans culpabiliser, car comme tous les professionnels le soulignent, le parent parfait n’existe pas. À Villeurbanne, la matinée touche à sa fin. Une dernière maman pousse la porte et dépose des sacs pour une bourse aux vêtements organisée par l’association. Enceinte de son deuxième enfant, elle remercie Audrey Chanonat pour toutes les initiatives portées et explique que sur son prochain faire-part, elle demandera à la famille et aux amis de faire un don à La Cause des parents, pour soutenir l’organisation autant qu’elle l’a soutenue.
Pour aller plus loin :
Pour en savoir plus sur "Allo, parents en crise" sur le site de l'école des parents et des éducateurs (EPE)
Pour écouter le podcast Caf : Eclaircies sur le sujet de la santé mentale et de la parentalité