Quand contrôle rime avec justice sociale
Quand contrôle rime avec justice sociale
Faïza, 29 ans, est contrôleuse au département de la lutte contre la fraude et du contrôle externe à la Caf de Seine-Saint-Denis. Elle œuvre chaque jour pour garantir le juste droit à chacun, c’est-à-dire que tout le monde touche exactement ce à quoi il a droit, ni plus ni moins. Nous l’avons suivi pendant une journée de travail.
Il est 9 h 30 à Rosny-sous-Bois, dans les locaux de la Caf, quand Faïza rassemble ses affaires avant de partir pour le contrôle à domicile qu’elle doit effectuer aujourd’hui. Après avoir préparé sa tablette et son téléphone professionnel, et avoir revu une dernière fois les potentielles incohérences du dossier, il est l’heure de se rendre chez l’ allocataire . Ce jour-là, elle se déplace à Bondy chez Nathalie* et son mari, parents de trois enfants.
Au quotidien, les objectifs de Faïza sont de repérer de potentielles fraudes et d’informer les allocataires qui ne perçoivent pas l’intégralité des prestations auxquelles ils peuvent prétendre. « J’agis pour garantir le bon fonctionnement du système de redistribution des ressources, ça donne du sens à mon travail ! » sourit elle.
« Tous les dossiers sont susceptibles d’être contrôlés »
Le contrôle se déroule en trois étapes. En amont de sa visite à domicile, Faïza a effectué la première : l’enquête sur le dossier de Nathalie. Cela lui a permis de relever plusieurs incohérences. La seconde étape se déroule sur le terrain, au domicile de Nathalie. Assises sur le canapé de ce chaleureux salon, devant un plateau de pâtisseries, elles regardent ensemble les éléments du dossier. Nathalie a été exemplaire, ayant préparé tous les justificatifs avant l’arrivée de Faïza. Mais elle se demande pourquoi elle est contrôlée. « C’est une procédure classique qui peut concerner tous les dossiers, ce n’est pas à cause d’une suspicion de fraude », lui
explique Faïza.
C’est en vérifiant chaque document que Faïza se rend compte de quelques oublis dans les démarches. Le bail de son appartement n’a pas été mis à jour depuis quelques années. Nathalie ne touche donc pas la totalité de ses aides au logement. « Dès qu’un changement intervient sur votre bail, vous devez nous le notifier », rappelle Faïza. La contrôleuse prend son temps pour lui expliquer les démarches nécessaires à la régularisation de cette situation. Au cours de la discussion, Faïza s’étonne que les enfants de Nathalie ne bénéficient pas de la prime d’activité : « Je ne connaissais pas. Je vais les prévenir », assure la jeune allocataire. La contrôleuse continue de distiller ses conseils : « Et quand vos enfants partiront du domicile, il faudra penser à le déclarer, parce que cela peut avoir un impact sur vos droits. » L’allocataire se confie, racontant son quotidien pas toujours facile et ses difficultés
professionnelles et financières. Un deuil, une blessure physique : « Toutes ces épreuves que j’ai dû traverser ont aussi eu des conséquences sur mes démarches et les mises à jour de ma situation. » Face à ce type de cas, Faïza se montre à l’écoute et sait
orienter vers les services susceptibles de l’accompagner.
Le contrôle a duré plus d’une heure. Pour Nathalie, la venue de Faïza a été positive. Elle ne manque d’ailleurs pas de remercier chaleureusement la contrôleuse pour ses conseils.
Le contrôle, dans l’intérêt de l’allocataire
Sur le chemin du retour, Faïza se livre à son tour. Elle assure que les contrôles à domicile se déroulent le plus souvent dans un climat serein et permettent d’instaurer une relation de confiance avec la Caf. « Ces visites sont bien sûr l’occasion de s’assurer que la situation déclarée correspond bien à la réalité », mais elles permettent aussi des échanges entre le contrôleur et un allocataire souvent mal informé qui peut poser des questions sur ses démarches ou sur ses droits.
De retour à Rosny, après sa pause déjeuner, Faïza s’attelle à la troisième étape : le compte rendu sur le contrôle de la matinée. Il est 14 heures, elle s’assoit devant son ordinateur et commence à rédiger. Le rapport sera ensuite transféré aux techniciens chargés de mettre à jour le dossier. Souvent, comme avec Nathalie, le contrôle conduira à une révision des droits : soit un rappel des droits en faveur de l’allocataire (c’est-à-dire qu’il se voit attribuer des aides auxquelles il avait droit), soit une demande de remboursement pour des « indus », des sommes perçues par erreur.
Contrôleuse depuis quelques années, Faïza est fière que son travail permette de « garantir l’efficacité de la redistribution ». Elle apprécie le contact avec les allocataires et l’aspect solidaire de son métier qu’elle qualifie de « métier passion ».