Actualité nationale

05.02.2026

RSA, APL, C2S : pourquoi ces publications sur « ceux qui bossent » sont trompeuses

De nombreuses publications partagées sur les réseaux sociaux mettent en scène un travailleur qui n’aurait droit à aucune aide, suggérant que l’État récompenserait l’inactivité plutôt que l’emploi. Une présentation trompeuse  : RSA, APL ou complémentaire santé solidaire peuvent aussi bénéficier à des salariés, sous conditions de ressources.
« T’as pas le RSA ? — Non, je bosse. Et les APL ? — Non plus… je bosse. » Le dialogue se veut mordant et poursuit un objectif clair : faire croire que l’accès aux aides sociales serait incompatible avec le travail, et que la solidarité publique profiterait d’abord à ceux qui ne sont pas en emploi. Autrement dit, l’État encouragerait l’inactivité au détriment de ceux qui « bossent ».

Largement relayée sur Facebook, cette scène fictive repose pourtant sur une idée fausse. En France, le fait de travailler n’exclut pas, par principe, l’accès aux prestations sociales. La plupart des aides citées par les internautes sont attribuées sous conditions de ressources, comme des compléments destinés aux modestes, et non en fonction du seul statut professionnel.

Le travail n’est pas un critère d’exclusion

Premier exemple cité dans les publications : le revenu de solidarité active (RSA). Cette aide est calculée comme un complément : si les ressources du foyer restent inférieures au montant forfaitaire, la prestation vient combler l’écart, comme le décrit le service statistique du ministère du Travail. Au 1er avril 2025, une personne seule peut percevoir jusqu’à 646,52 euros, un couple jusqu’à 969,78 euros et davantage encore en présence d’enfants.

Il est donc possible de travailler tout en bénéficiant du RSA, notamment en cas de temps partiel ou de revenus très faibles. Le RSA n’est pas réservé aux personnes sans emploi, mais vise à garantir un niveau minimal de ressources lorsque l’activité professionnelle ne suffit pas.

Les allocations logement concernent aussi des salariés

Les aides au logement relèvent d’une logique différente, mais ne sont pas davantage réservées aux personnes sans emploi. Elles se distinguent entre les aides personnelles au logement (APL), l’allocation de logement familiale (ALF), l’allocation de logement sociale (ALS), et dont une partie est réglementée par le code de la construction et de l’habitation et par le code de la Sécurité sociale.

Les APL, comme l’ALS ou l’ALF, ne sont pas une prestation réservée aux personnes sans emploi, mais une aide destinée à réduire le coût du logement en fonction des revenus et de la composition du foyer.

Le calcul repose sur plusieurs critères, comme le revenu du foyer sur les douze derniers mois (avec une actualisation trimestrielle), la valeur du patrimoine immobilier et mobilier ou encore la localisation du logement.

De nombreux actifs peuvent y avoir droit, dès lors que leurs revenus restent sous certains , même si la reprise ou le changement d’un emploi peut entraîner une baisse rapide, voire une suppression des APL en raison de l’actualisation trimestrielle des ressources. Ainsi, dire « je bosse », donc « pas d’APL » est inexact.

La complémentaire santé solidaire n’exclut pas les actifs

Les publications mentionnent ensuite la « CMU », un terme qui n’existe plus aujourd’hui : il s’agit désormais de la complémentaire santé solidaire (C2S), gérée par les caisses d’assurance maladie.

Cette couverture permet aux foyers modestes de bénéficier d’une complémentaire gratuite ou à faible coût. Là encore, le critère n’est pas l’absence de travail, mais le niveau de ressources.

Pour une personne seule, la complémentaire santé solidaire est gratuite jusqu’à 10 339 euros de revenus annuels en métropole, et reste accessible avec participation financière jusqu’à 13 957 euros.

Dans les départements d’outre-mer, les plafonds de ressources sont plus élevés. Un salarié aux revenus modestes peut donc en bénéficier, sous réserve notamment de ne pas être couvert par une mutuelle d’entreprise obligatoire, sauf cas de dispenses prévues par la loi.

Vacaf, cantine, rentrée scolaire : des aides familiales sous conditions

La publication cite également le programme Vacaf, les aides à la cantine et l’allocation de rentrée scolaire. Ces dispositifs illustrent un autre aspect du système social : les aides familiales sont souvent calculées en fonction du quotient familial, c’est-à-dire des revenus rapportés à la composition du foyer.

Vacaf, par exemple, propose des aides au départ en vacances attribuées par les CAF selon des critères variables, mais souvent liés au quotient familial. Par exemple, en Mayenne, une aide peut être accordée aux familles ayant un quotient inférieur à 800 euros, dans les Deux-Sèvres, c’est 700 euros.

Les aides à la cantine relèvent quant à elles des communes, départements ou régions, et peuvent bénéficier à des familles actives. En Île-de-France, des tarifs subventionnés existent pour des quotients familiaux importants, ce qui signifie que même des ménages disposant de revenus plus élevés peuvent bénéficier de tarifs différenciés, qui relèvent toutefois davantage d’une politique tarifaire locale que d’une aide sociale au sens strict.

Enfin, l’allocation de rentrée scolaire est versée sous condition de ressources. Pour allouer un montant, la CAF s’appuie sur l’ensemble des ressources du foyer, principalement les revenus déclarés deux ans auparavant. Autrement dit, cette aide est bien ouverte aux personnes actives.

En réalité, les publications virales ne décrivent pas le fonctionnement du système social français. Les prestations qu’elles citent ne sont pas réservées aux personnes sans emploi, mais attribuées en fonction des ressources. Présenter le travail comme incompatible avec les aides sociales est donc factuellement faux.

Cet article a été réalisé par "les Surligneurs", média spécialisé dans le “legal-checking”, la vérification en droit d’informations ou de déclarations erronées, qui lutte contre la désinformation juridique dans le cadre d’un partenariat avec la Caisse nationale des allocations familiales.