Actualité nationale
04.08.2026
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04.08.2026
Comme chaque année pendant la période estivale, des commentateurs jettent le doute sur la nature des achats effectués avec l’ARS. Des statistiques démontrent pourtant que les parents achètent en très grande majorité des fournitures scolaires.
La date a été fixée : l’allocation de rentrée scolaire (ARS) 2026 sera versée aux parents par leur Caf le 4 août à La Réunion et à Mayotte, et le 18 août en métropole, Guadeloupe, Guyane et Martinique.
Attribuée chaque rentrée sous conditions de ressources à environ 3 millions de familles comptant un ou des écoliers, étudiants ou apprentis , l’ARS a été revalorisée de 0,8 % en 2026. Son montant sera de 426, 450 ou 466 euros par enfant, selon s’il est âgé de 6 à 10 ans, de 11 à 14 ans ou de 15 à 18 ans.
Qui dit période de versement de l’ARS, dit polémique sur l’utilisation de ces fonds par les parents. Comme chaque année, internautes et commentateurs soupçonnent déjà, à un mois de la rentrée scolaire, que cet argent soit détourné pour investir dans des achats jugés superflus ou ostentatoires, et non dans les fournitures scolaires.
Sur Facebook et TikTok, les parents sont suspectés de s’offrir un téléviseur, le dernier iPhone, des sacs à main de luxe, ou encore de l’alcool. Parfois publiés sous couvert de l’humour, ces posts sont pris très au sérieux par de nombreux internautes qui s’indignent en commentaire, réclamant des « preuves d’achat » ou suggérant de transformer l’ARS en bons d’achat afin de prévenir les dérives supposées.
Cette infox, qui revient tous les ans ou presque, n’est corroborée par aucune étude statistique. Au contraire, les recherches menées sur les dépenses effectuées avec l’ARS démontrent que cette aide est majoritairement consacrée aux achats de fournitures.
Aucune loi n’encadre l’utilisation de l’ARS, les parents sont donc libres de la dépenser comme ils le souhaitent. Pour autant, 98 % de ses bénéficiaires achètent des fournitures scolaires, pour un montant moyen annuel de 146 euros sur ce poste par enfant, selon une étude de la Cnaf datant de 2023 menée auprès de 2 000 familles.
Mais les coûts de scolarité des enfants ne s’arrêtent pas là. Les dépenses scolaires annuelles des bénéficiaires concernent aussi les vêtements (96 % d’entre eux, 370 euros en moyenne), l’assurance scolaire (81 % et 35 euros), les équipements de sport (79 % et 95 euros), la cantine (69 % et 335 euros), etc.
Au total, sur l’année, les allocataires de l’ARS déboursent, en moyenne par enfant, 1 315 euros de frais pour les envoyer à l’école. L’allocation de rentrée scolaire, au maximum de 466 euros par enfant, ne couvre donc qu’un tiers du coût annuel associé à l’éducation.
Son montant correspond en revanche aux dépenses réalisées au moment de la rentrée, d’environ 400 euros par enfant, indique le rapport de la Caf.
La Caf rappelle par ailleurs dans son rapport que l’ARS est une aide visant à soutenir les foyers « modestes ». « En moyenne, les familles bénéficiaires [avaient] un revenu mensuel de 1 836 euros nets [en 2023]. La moitié d’entre elles (49 %) sont monoparentales et, dans les trois quarts des cas, l’autre parent ne contribue pas aux dépenses scolaires en dehors de la pension alimentaire », explique l’organisme.
Une famille bénéficiaire sur six (16 %), soit environ 480 000 familles, déclare devoir emprunter ou recevoir de l’argent de leur entourage pour financer la rentrée scolaire, en plus de l’ARS. Et plus des deux tiers (72 %) des foyers l’ayant touché disent que sans cette aide, ils auraient dû se serrer la ceinture.
La légende du détournement de l’ARS a été popularisée par le sénateur Edouard Courtial (Union centriste). En 2008, alors qu’il était encore député UMP (devenu Les Républicains), le parlementaire voulait amender la loi de financement de la Sécurité sociale pour que l’allocation soit versée grâce à des « chèques achats », plutôt que par simple virement.
« L’allocation de rentrée ne doit pas servir à acheter un écran plat », estimait alors l’élu, qui assurait que « certains distributeurs d’électroménager enregistrent des pics de vente d’écrans plats au moment de la rentrée ».
Problème : les pics d’achats des télévisions se situent plutôt en début ou en fin d’année, comme l’avait documenté Libé en 2021. Les mois de versement de l’ARS, août et septembre, enregistrent les pires performances pour les ventes de moniteurs, selon des données de l’institut Gfk obtenues par le quotidien.
Les séries statistiques de la Banque de France relatives au commerce de détail ne permettent pas non plus d’isoler un soi-disant pic de consommation des équipements électroniques ou électroménagers au mois d’août.
Bien qu’elle ne soit jamais étayée, la rumeur du détournement de l’ARS revient tout de même à chaque rentrée, ou presque, au gré d’amendements ou de propositions de loi soumis au Parlement.
En 2019, par exemple, la sénatrice socialiste Samia Ghali voulait mieux « contrôler » cette aide qui pourrait servir à « acheter un frigo ou un écran plat ».
Deux ans plus tard, le ministre de l’Éducation lui-même, Jean-Michel Blanquer, avait relayé cette désinformation, avant d’ouvrir la porte à une modification des modalités de versement.
Confronté par le média Brut au manque de preuves appuyant ses déclarations, celui qui a désormais quitté la vie politique avait botté en touche, préférant accuser des chiffres « assez datés » qui lui donnaient tort. Il avait alors reçu le soutien appuyé du président de la République, Emmanuel Macron.
Le fonctionnement de l’ARS pourrait-il tout de même être amélioré ? Dans un rapport paru en 2021, la Cour des comptes estimait le coût de cette aide à environ 2,6 milliards d’euros annuels pour l’année 2020. Mais l’institution, d’habitude si tatillonne sur les dépenses publiques, n’a pas trouvé grand-chose à redire sur le dispositif tel qu’il existe actuellement.
Les magistrats financiers affirmaient que les modalités de versement de l’ARS, qui « couvrent toutes les familles visées, en limitant le risque d’erreurs et de fraude », « méritent […] d’être maintenues ». « Le législateur n’a pas entendu contraindre l’utilisation de cette allocation en la réservant à l’acquisition de certains produits ou services », rajoutait la juridiction.
Alors pourquoi cette obsession pour l’ARS ? D’après le sociologue des classes populaires Camille François, auteur de De gré et de force : comment l’État expulse les pauvres (La Découverte, 2023), la désinformation sur l’utilisation de l’ARS porte la trace « du vieux préjugé selon lequel les pauvres ne sauraient pas gérer leur argent, et que leur mauvaise gestion serait la cause de leur pauvreté ». Or, les principaux déterminants de la pauvreté en France sont, entre autres, l’exclusion sociale et l’inactivité.
Grâce à l’ARS, la part de ses bénéficiaires vivant sous le seuil de pauvreté a baissé de 41,2 % à 38,7 % en 2019, selon la Cnaf. Dans le même temps, le taux de pauvreté n’a cessé de grimper en France, selon les chiffres de l’Insee. En 2024, 15,4 % des Français se trouvaient sous le seuil de pauvreté, soit le niveau le plus haut depuis 1996.
Note : article publié le 04 août sur www.lessurligneurs.eu sous le titre "Contrairement aux idées reçues, l’allocation de rentrée scolaire est utilisée pour acheter des fournitures"
Cet article a été réalisé par "les Surligneurs", média spécialisé dans le “legal-checking”, la vérification en droit d’informations ou de déclarations erronées, qui lutte contre la désinformation juridique dans le cadre d’un partenariat avec la Caisse nationale des allocations familiales.