Actualité nationale

28.07.2026

La Cnaf en 2025 : la directrice générale et le président du Conseil d'administration reviennent sur une année de réformes structurantes

Dans leur édito croisé, Constance Bensussan, directrice générale de la Cnaf, et Frédéric Romain, président du conseil d'administration, reviennent sur les temps forts de l'année 2025 : solidarité à la source, service public de la petite enfance, lutte contre la fraude.


L'année 2025 a été l'année des deux principaux projets de la COG, la solidarité à la source et le service public de la petite enfance, que pouvez-vous nous en dire ?


Constance Bensussan : L'année 2025 a en effet été une année décisive pour voir se concrétiser la solidarité à la source, une réforme de grande ampleur pour la Cnaf et les Caf. Grâce à l'utilisation du dispositif de ressources mensuelles, et après une phase dite « de présérie » décisive dans 5 Caf, la Branche a pu préremplir une majorité des déclarations trimestrielles de RSA et de prime d'activité depuis mars 2025, et sécuriser ainsi largement le calcul d'un juste droit. Cette réussite technique, non exempte de difficultés, vient ainsi conclure un cycle entamé il y a déjà plusieurs années, la Caf ayant été le premier opérateur social à utiliser et maîtriser cet outil. C'est un service en plus que nous offrons aux bénéficiaires des prestations de solidarité qui transforme et va encore transformer notre relation avec eux. Elle constitue un point d'appui très fort pour la suite de la modernisation de notre service public, et ses prolongements s'annoncent importants. D'ores et déjà, je me réjouis que la Cour des comptes ait reconnu les importants progrès réalisés grâce à elle, en certifiant à nouveau nos comptes pour l'année 2025. J'y vois une reconnaissance immense du travail accompli par les équipes, et un signal très prometteur pour la suite.


Frédéric Romain : Au 1er janvier 2025, les collectivités locales sont devenues autorités organisatrices de l'accueil du jeune enfant. L'accompagnement des Caf sur ce champ est, depuis le début, remarquable. Au-delà du soutien financier accru tel que prévu dans la COG, nous déployons désormais auprès des porteurs de projets une offre complète en ingénierie : de la genèse à l'ouverture d'un équipement, les Caf accompagnent les partenaires de manière précise et vigilante. La Branche propose notamment des guides, des simulateurs, qui permettent aux élus locaux d'avoir une visibilité totale sur le coût des projets envisagés. En parallèle, la réforme du Complément de libre choix du mode de garde, intervenue en fin d'année 2025, s'intègre parfaitement dans cette dynamique du service public de la petite enfance, puisque, désormais, les restes à charge sont quasiment identiques entre crèches et assistantes maternelles. Ces différents leviers combinés participent de notre volonté de proposer aux familles un mode de garde adapté, accessible et de qualité.


Quelles autres réussites retenez-vous de cette période ?


Frédéric Romain : La lutte contre la fraude sociale constitue l'une de nos priorités, en raison bien sûr des masses financières en jeu, mais aussi, parce que toute fraude vient compromettre le consentement des citoyens à la solidarité, socle de notre modèle de sécurité sociale. Nous devons donc déployer des contrôles efficaces et bien ciblés. Les algorithmes peuvent nous y aider, mais leur usage nécessite d'être strictement encadré. Je veux donc particulièrement saluer la création et le travail du comité d'éthique sur l'usage des données, des algorithmes et de l'intelligence artificielle. Ce comité, installé en mars 2025, réunit des experts, des acteurs du monde social, dont des associations, des représentants des administrateurs et des professionnels de la Cnaf et des Caf. Les échanges y sont placés sous le signe du libre débat et de la plus grande transparence, ce qui est assez inédit, et nourrissent de manière très positive les travaux de notre Branche.


Constance Bensussan : Je retiens pour ma part les autres réformes réglementaires qui ont été menées à bien. Outre sa linéarisation, citée par Frédéric, la Cnaf et les Caf ont mis en œuvre deux autres réformes du CMG : celle qui permet à une famille monoparentale de bénéficier d'un soutien financier pour la garde d'un enfant de 6 à 12 ans, et celle qui permet le partage de la prestation en cas de résidence alternée. Ce sont de vrais progrès, car nous accompagnons ainsi mieux les évolutions de la société. Par ailleurs, je retiens aussi la mise en place de l'inscription automatique des bénéficiaires du RSA à France Travail et l'outillage du nouveau régime de sanctions prévu par la réglementation. Ce projet constituait un enjeu important pour les pouvoirs publics et nous place dans une situation de contributeur important à l'insertion sociale et professionnelle des publics. Enfin, je voudrais aussi citer la poursuite de l'action des Caf sur les violences conjugales, avec l'extension de l'expérimentation du « Pack nouveau départ », le parcours d'accompagnement dédié aux victimes, à de nouveaux départements.


Mais 2025 se caractérise aussi par un revirement démographique ainsi que par un contexte budgétaire tendu. En quoi cela a-t-il pu avoir un impact sur l'activité des Caf et, plus largement, sur notre Branche ?


Constance Bensussan : Oui, ce sont clairement nos principales difficultés. On peut penser que la baisse du nombre d'enfants n'est pas pour rien dans la faible dynamique à la fois de nos dépenses de prestations familiales, et de celles du Fonds national d'action sociale. Quand on y regarde de plus près, il y a une vraie frilosité des collectivités et partenaires à créer des places de crèches, malgré des besoins non couverts et malgré également le dynamisme des Caf. Maintenant que les nouveaux élus locaux sont en place, il faut tout faire pour lutter contre cette idée qu'il n'y aurait plus à investir dans la petite enfance. Ce serait en effet préjudiciable à la conciliation vie familiale - vie professionnelle des parents, à l'égalité entre les femmes et les hommes, et finalement à la concrétisation du désir d'enfant. Malgré les difficultés économiques, nous devons rappeler qu'investir dans les enfants de demain est une condition de la survie de notre système redistributif.


Frédéric Romain : J'ajoute que la Branche est souvent amenée à pallier les carences des co-financeurs, ce qui interroge nos pratiques et nos doctrines. Les conseils d'administration, les services, dans toutes les Caf, sont entièrement mobilisés pour accompagner les partenaires et les convaincre qu'investir dans l'enfance et la jeunesse est toujours un choix pertinent, notamment pour développer l'attractivité à long terme de son territoire, et donc, son dynamisme économique. Assurer la pérennité des structures d'animation de la vie sociale, des lieux de soutien à la parentalité, pour ne citer qu'eux, est primordial pour maintenir le lien social, prévenir les situations de ruptures et de repli, des thématiques qui sont de vrais enjeux de société.


Vous êtes arrivés à vos fonctions en 2026, à quelques semaines d'intervalle, quelles sont vos premières impressions ?


Constance Bensussan : Je suis très heureuse de ces nouvelles responsabilités et de l'accueil qui m'a été réservé, tant par les équipes de la Cnaf que celles des Caf, que je rencontre toutes les semaines. J'arrive dans un moment favorable, alors que nos délais de traitement sont plus rapides et le volume de dossiers en attente de traitement plus réduit. Je rends à cette occasion hommage à mon prédécesseur, Nicolas Grivel, qui a su moderniser la Branche en préservant ses acquis. J'ai aussi beaucoup apprécié mes premiers échanges avec le conseil d'administration, et l'intérêt d'un tandem directrice-président qui permet à chacun de jouer sa partition en étant complémentaire.


Frédéric Romain : Membre du Conseil d'administration depuis 2023, j'avais déjà pleinement conscience du vaste spectre d'activité de notre Branche, présente à tous les moments et dans toutes les circonstances de la vie des familles. Cependant, en tant que Président, je mesure pleinement la réactivité, le professionnalisme, la capacité d'innovation des services et des conseils d'administration, tant à la Cnaf qu'en Caf. Cela permet que notre offre de service, tout en respectant une règle intangible d'équité, soit adaptée aux besoins des territoires. Ceci représente une charge de travail considérable, dans un environnement en constant mouvement, et je suis frappé et reconnaissant de l'implication de tous nos salariés et conseillers d'administration.


Votre mot de la fin ?


Frédéric Romain : Mobilisation ! Il reste deux années de COG, le contexte électoral local, propice à une certaine forme d'attentisme, est derrière nous. Les finances publiques sont dans une situation préoccupante, mais la trajectoire de la COG actuelle nous permet d'adapter ou d'inventer les manières de soutenir les partenaires et les familles et de semer dès maintenant les graines des réflexions de la future COG. Il importe donc que, tous, nous restions mobilisés, créatifs et plus que jamais à l'écoute des besoins de ceux que nous accompagnons au quotidien.


Constance Bensussan : Confiance : je suis très marquée par l'engagement des collaborateurs dans mes visites de caisse et leur souci d'accompagner au mieux nos allocataires et les familles. Je sais que nous saurons tirer parti de ces savoir-faire pour poursuivre le développement de notre action.